Focus de mai 2026

La chapelle du Collège

Billet Satisfaction  

Vous y avez prié, chanté, communié, servi la messe, défilé et même joué d’un instrument : c’était et c’est toujours le centre de l’établissement tant géographique que spirituel.  Elle est toujours là, depuis 1858, malgré les rumeurs selon lesquelles elle devait s’écrouler. Quelles moments ont illustré sa vie ?

Sa naissance 

Vous savez que la construction du « Collège » fut commandée par Mgr Angebault dont la statue orne l’entrée du bâtiment : il en pose la première pierre le 19 avril 1854 et c'est l’architecte Duvêtre qui est chargé de la construction de ce grand ensemble rêvé par cet évêque et par les premiers supérieurs.
Louis Duvêtre (Privas 1816 - Angers 1881) est architecte diocésain. Auteur de nombreuses églises et monuments publics, il lègue sa fortune (environ 450 000 francs or) à la Ville d'Angers, pour fonder des bourses dans différents établissements d'enseignement.

Comme il se doit, des commissions d’architectes ont préparé les chantiers prévus par le Diocèse d'Angers comme le suggère ce document issu des Archives Diocésaines d’Angers ; cet extrait est daté de novembre 1854 : on peut y lire le texte suivant : 
« Petit Séminaire de Combrée Chapelle » 
« Aux yeux de la commission que la place Mr Duvêtre se propose d’excentrer(?) à la chapelle de Combrée paraissent parfaitement beaux.

  Elle est d’avis que la façade de la chapelle tienne de son style et non pas de celui des cloîtres au milieu desquels elle doit le ( ??) ». 

On y lit aussi que lors de la séance suivante du 15 novembre 1854, il est question de bâtir une église à « Tout le monde » dont M. Duvêtre semble être chargé malgré son absence ce jour-là : sans doute était-il très occupé par celle du collège de Combrée. « Notre-Dame-de-la-Nativité », contemporaine de notre chapelle est au centre de ce village. 

Toutlemonde (en un seul mot) est une commune créée en 1864 à partir d’un hameau, actuellement dans l’intercommunalité de Cholet. D’où vient cette toponymie ? Parce qu’une grande assemblée locale s'y déroulait tous les ans, rassemblant un grand nombre d'habitants du pays ... c’est à dire tout le monde, expression qui deviendra naturellement le nom du village lors de sa création !

1érepierre Chapelle LV

La construction du collège se poursuit pendant quatre ans et, l’année suivante, les bâtisseurs arrivent au point d’orgue de cet ensemble, c’est à dire la chapelle. Louis Levoyer (deuxième supérieur), dans sa « Notice historique sur l’Institution de Combrée » donne ci-contre la date de naissance de la Chapelle : fin 1855. Pas de petite plaque commémorative comme pour le Collège, mais deux plaques, à l’intérieur de la Chapelle, l’une de sa consécration et l’autre de la liste des bienfaiteurs et donateurs.

 

La construction de la Chapelle

Louis Levoyer poursuit ainsi sa description du suivi de la construction du Collège. Dans ses dires, on peut remarquer les difficultés qu’entretenait la présence des élèves dans la première aile terminée (dès octobre 1858) et celle d’un nombre insuffisant de leurs professeurs ; la distribution des prix de 1858 a sans doute eu lieu dans l’ancien collège : en effet vous savez que la Salle Saint Augustin n’existait pas et qu’il ne devait pas être question de mettre une tente au milieu du chantier.
Par contre, vous avez noté que les douches existaient déjà ... par défaut de gouttières.
Les visites mentionnées durant cette période difficile étaient celles des notables pressés de voir s’ériger cet immense bâti aux faites de la modernité et
cette construction permettait de contenir davantage d’élèves que dans l’ancien collège et surtout elle serait le palais de l’éducation catholique. Alfred de Falloux y fait de nombreuses visites.

1ère occupation LV2

 Le « Guide de visite de la Chapelle » est édité en 1858 (issu de deux Bulletins de 1992) et proposé aux visiteurs de l’époque, donne quelques informations sur son architecture : « L'objet sur lequel en entrant [dans la cour intérieure] vous fixez le plus volontiers votre attention est la façade même de la chapelle. Inutile peut-être de vous faire ici remarquer moi même que vous avez là devant les yeux un monument qui, dans chacune de ses parties, est une application du beau style ogival du XIllème siècle. »

        •  
Ce style du XIIIsiècle, que les architectes de cette époque copiaient volontiers, ne plaisait pas à tout le monde comme à cet éminent professeur  : Thimothée Houdebine , cours 1881, professeur d’histoire de 1890 à 1937 (Cf. sur le site 🔒), secrétaire de l’Amicale, rédacteur du Bulletin (20 ans durant), surnommé « mitraillette historique », auteur de l’Histoire religieuse de l’Anjou et de nombreux écrits ; voici un extrait de ses archives manuscrites :  Houdebine Prof

Chapelle TH

D’autres extraits de ces archives sont retranscrits dans les Bulletins : dans celui de septembre 1993, il parle des matériaux utilisés :

« ... Entrent en action tous les corps de métier :
- Les extracteurs de "pierres du Pont", à 1 km 500 du nouveau Collège.
Les transporteurs par tombereaux et charrettes : de pierres du Pont, de pierres de granit de Bécon, de sable rouge et de sable blanc, de la chaux en barrique, des fours de Sainte Marie de la Touche et des fours de l'Etoile (au total 503 barriques), des 6.561 tuffeaux blancs du Lion-d' Angers (Les tuffeaux proviennent des carrières de Saint-Cyr-en-Bourg et sont acheminés au Lion-d'Angers par voie d'eau pour répartition aux constructions dans la région). »

Inauguration solennelle

NelleChapelle LV2

Aucune difficulté ne fit obstacle à la plus grande fête que la région ait pu connaître, l’inauguration de la Chappelle, les 26 et 27 juillet 1858 ; le dessin de cette chapelle lors de son inauguration, extraite du livre de Louis Levoyer, montre un intérieur certes dépouillé, mais comportant déjà l’essentiel :

    • les vitraux sont en place,
    • la chaire est présente,
    • l’autel est surmonté d’une statue (de la Vierge ?)
    • des bancs apparaissent en bas du dessin
    • devant l’autel on voit la tombe de François Drouet dont les restes ont été inhumés dans l’abside le 14 avril 1858 ; la veille ils avaient quitté l’ancien cimetière et séjournés la nuit dans sa chambre de l’ancien collège.

 

L‘affiche ci-contre annonce cette Fête de l’Inauguration de la chapelle dans toute la région ; elle fait partie du trésor de l’Amicale. : elle comporte, dans sa moitié inférieure, le « Programme » des deux jours et un « Avis important » que nous avons transcrites ici. Les descriptions varient dans les détails selon les sources, mais toutes s’accordent sur un point le gigantisme de l’événement pour cette époque.

Pour Henri Gazeau dans « Combrée, ma maison » :
« ... Cependant, la foule s'empresse : de tous les points du diocèse plus de cinq cents prêtres et religieux sont accourus, et la chapelle ne pourra point accueillir l'immense peuple - humbles et notables mêlés - dont le bruit vient battre aux portes de l'édifice... »

InaugurationChapelle

 

Pour Louis Levoyer dans sa "Notice historique ...." : 
« Mgr Angebault avait pu d'abord espérer y voir réunis douze archevêques ou évêques, et deux abbés. Sur ce nombre NN. SS. les évêques< de Bruges, de Blois, de Rennes, de Nantes, de Quimper et le révérend abbé de Solesmes envoyèrent des excuses,& mais les autres répondirent à l'invitation. C'étaient Mgr Guibert, archevêque de Tours, aujourd'hui cardinal archevêque de Paris, Mgr Regnier, archevêque de Cambrai, aujourd'hui cardinal, Mgr Dupanloup, évêque d'Orléans, Mgr Nanquette évêque du Mans, Mgr Vicart,évêque de Laval& et dom Fulgence, abbé de la Trappe de Bellefontaine ...Mgr de Cambrai ne devait arriver à Combrée que le lendemain , ... pour célébrer la messe solennelle, qui devait suivre la consécration de la chapelle. ... Vers cinq heures du soir une très nombreuse cavalcade, partie de Combrée et composée de propriétaires et de métayers, ayant le maire à leur tête, rencontra, à environ cinq kilomètres du collège, les voitures des évêques autour desquelles elle se forma de suite en cortège d'honneur. » 

Inauguration2

 Mais la meilleure image de cet évènement est peut-être cette gravure d’époque due à l'ancien élève Derancourt et dont voici la description.

Le contenu de la Chapelle

Comme il est dit plus haut, elle n’était pas vide lors de son inauguration. L’abbé Thimothée Houdebine, cité plus haut, donne des éléments constructifs sur les origines de son contenu :

1° Surprise et, peut-être regrets, pour nous tous qui avons passé quelques temps dans cette chapelle !

Mais la réalité obtenue n’est pas toujours conforme aux plans initiaux : ici rien de certain n’a permis de connaître la cause de ce changement !

Chapelle TH

2° Les stalles du chœur : sont cités
     Joseph Chiron c. 1874, prof H&G
     François Claude, c.1853, 3ème supérieur

Stalles TH

3° La crédence est une table où sont disposés tous les objets nécessaires à la célébration de l'Eucharistie ;

Le château de la famille de La Garoullaye était le but de nombreuses promenades.

La famille Bazin fréquenta les bancs du Collège de 1845 à 2005.

Crédence TH
4° La sacristie a subit de nombreuses mutations ; elle se situait à droite de la chapelle le long du passage entre le cloître et la cour arrière ; elle fut vendue en 2005 pour meubler un château.
Sacristie TH

5° Les 15 vitraux étaient en place en 1858 ; ils sont décrits dans le « Guide de visite de la Chapelle » cité plus haut ainsi que sur le site dans la rubrique « Musée virtuel » (réservé adhérent) avec de la couleur, leur histoire et leur(s) donateur(s). Timothée Houdebine écrit :

Vitraux T Houdebine

6° Dans le chœur, la tombe de François Drouet fut accompagnée par la suite de celles des autres supérieurs ; un emplacement est réservé au dernier supérieur (le chanoine Antoine Pateau) décédé alors que le Collège était la propriété de 2IDE et Epide. Vous trouverez tous les détails de ces sépultures sur le site internet rubrique « Musée Virtuel » réservée aux adhérents (🔒). 

7° À l’intérieur de la chapelle il y a également trois plaques commémoratives : 

  • l’une commémore la consécration de la chapelle, tout en latin, ci-contre à gauche, énumère les illustres acteurs de la consécration de la Chapelle en 1858, cités plus haut par L.Levoyer est joue le role de plaque commémorative de cet évènement,
  • une autre, ci-contre à droite, donne la liste des bienfaiteurs de la chapelle, dont on retrouve la liste dans le "Guide du visiteur de la Chapelle" (pour les vitraux),
  • la troisième cite les morts pour la France à la guerre de 1870. 

 8° La cloche de la chapelle actuelle n’est pas celle de sa construction ; la première cloche de 1829 transférée de l’ancien collège ; la seconde est arrivée en 1990 à la suite d’une souscription. Relire le focus de décembre 2025

9° L’orgue a lui aussi vécu quelques changements et remaniements : ce fut d’abord celui de l’ancien collège, inauguré en 1863 : « ...il était l'une des reliques survivantes du vieux collège et la vénération qu'à ce titre il nous inspirait ne suffisait plus,.. ». Cf. Bulletin février 1931 
Puis il fut remplacé en 1931 par le dernier orgue fabriqué par la maison Tronchet de Nogent-le-Rotrou, une occasion qui revenait « Tout posé, à quatre-vingt mille francs environ. Et c'est bon marché, paraît-il, le jeu se payant actuellement dix mille francs. » ; il fut inauguré le 3 mai 1931 en présence des nombreuses personnalités, après souscription. Cf. Bulletin février 1931 
Cet orgue a été restauré grâce aux subventions régionales et inauguré le 14 juin 2003 après une trentaine d’années d’arrêt ( ?). Cf. Bulletins de 2002-2003

 

Évènements récents dans la Chapelle

      • Bien sûr, elle fut le siège de très nombreux offices religieux remarquables décrits dans nos Bulletins évidemment, mais surtout on ne peut pas traduire ici ces émotions, cette piété, ces prières dans le cœur de celles et ceux qui y étaient.

      • Elle fut, très tôt, le lieu privilégié de nombreuses chorales sous la baguette d’illustres professeurs faisant interpréter de non moins illustres œuvres musicales comme le « Messie de Hændel » par l’abbé Victor Clavereau.

      • Peu après la fermeture de l’établissement, des bruits ont courus sur l’état de la Chapelle. L’Epide et 2IDE ont alors fait poser des capteurs en de nombreux points ; à notre connaissance aucun mouvement ni fissures n’y ont été décelés.

      • La tempête de l’hiver 1979-1980 (force 10 Beaufort) a détruit le grand vitrail central, au-dessus du chœur. Grâce aux photos de l’abbé Ernest Banchereau et à des donateurs anonymes, ce vitrail a été reconstitué par un maître-verrier, le trou béant de 60 cm de diamètre réparé. Bulletin juillet 1981.

      • Après les ventes aux enchères de 2005, l’Amicale a stocké dans la chapelle tout ce qu’elle avait pu sauver. L’inventaire de son contenu a été fait en 2017 et les biens de l’Amicale ont été stocké ailleurs, ils n'avaient pas été abimés par l'humidité ; une partie est déposée aux Archives Diocésaines d’Angers. La commission « Musée » créée par l’Amicale proposera à Domaine de quoi rassembler toutes nos archives.

      • Hélas, depuis la fermeture du Collège, des déprédations ont été commises lors d’intrusions restées sans possibilité de réparation : la maquette du Collège y a été massacrée au point de ne rien pouvoir récupérer et plus récemment les éléments de la crèche ont disparu ; deux photos datées de 2005 pour les remettre en mémoire :

 

      • Domaine a parlé récemment de l’avenir de cette chapelle : elle sera préservée au centre de l’établissement et pourra être utilisée aussi bien pour des activités profanes que pour des offices religieux ; une commission Chapelle vient d’être créée par l’Amicale pour faire des propositions au repreneur.

Jean-Louis Boulangé, cours 1964

Autres éditions du Focus

Sources

« Notice historique sur le collège de Combrée », 1877, Louis Levoyer, deuxième supérieur
« M. l’abbé François Claude », 1898, Alexis Crosnier (c.1874), secrétaire Amicale
« Guide de la Chapelle de l’institution de Combrée » 1858
« Archives de l’abbé Timothée Houdebine », (c.1881), professeur d’histoire
Les Bulletins de l'Amicale
Le site internet de l’Amicale dont une partie (réservée ou bon aux adhérents) sert aux illustrations du texte
Archives départementales du Maine-et-Loire

      Remerciements à

G. Label, archiviste des Archives diocésaines d’Angers, 
Etienne Charbonneau, pour ses archives familiales

 

       

 

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